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Delvaux Paul, La Ville lunaire n°2 (1956), analyse d'oeuvre :

DELVAUX Paul - La Ville lunaire n2 

[...] Ce qui frappe au premier abord dans cette toile de Paul Delvaux, c’est cette perspective fuyante, verrouillée par des palissades, scandée par des luminaires longs, interminables et effilés. Il suffit de prolonger les lignes des extrémités de ceux-ci pour imaginer une voûte qui se referme. Ce double effet de scansion et de clôture -que renforcent encore les fils électriques qui se dévident d’un poteau à l’autre- semble faire de ces "mâts" les échafaudages d’un édifice qui vous prend au piège et qui renforce d’autant la force d’aspiration de la perspective. Leurs ombres déviées, presque sinistres, se profilent sur le chemin, l’animent et renforcent le rythme. On ressent cette tension entre agoraphobie et claustrophobie qu’Italo Calvino a décrite à propos de Chirico. On notera que les lampes sont hissées vers les hauteurs par des fils tendus reliés à un système de poulies. La perspective est d’autant plus fatale que sa rigueur ne tient qu’à une menaçante précarité. Les planches dont les diagonales hérissent l’avant-plan servent comme de contrepoids cette plongée. Leurs lignes entrent en concurrence avec celles qui creusent le tableau et créent ainsi une extraordinaire tension entre les plans. Tout se passe comme si le spectateur projeté dans la profondeur se voyait bloqué in extremis au seuil du tableau en se heurtant à leurs arêtes.

Des espaces longent le chemin central. À droite, la vue est bouchée par un curieux édicule antiquisant sans ouverture tandis que l’on aperçoit une porte fermée dans le mur latéral. C’est à gauche que s’avance une jeune femme, vue de dos, habillée à la grecque. C’est par ce chemin, plutôt que par la grande allée, que cette figure somnambulique se dirige résolument... vers nulle part. Cette femme étrange fait partie intégrante du système. Elle conspire contre le spectateur à l’instar des autres éléments (les luminaires, les planches, etc). En s’avançant résolument et contre toute attente dans une autre voie que celle dans laquelle le spectateur est aimanté -la perspective centrale-, elle contribue puissamment à sa déroute et à sa désorientation. Le piège labyrinthique se referme sur le spectateur par la complicité inconsciente et fatale de ce non-guide, de cette anti-Ariane. [...]

Roucloux Joël !!


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