| Magritte René, Jeune fille mangeant un oiseau (Le plaisir) 1927, analyse d'oeuvre : |

Parmi tous les artistes surréalistes, Magritte excelle dans le rendu de l’inquiétante étrangeté, on peut dire qu’il en connaît tous les ressorts et qu’il en a donné toutes les
acceptions. Dans ce tableau, la jeunesse du personnage, accentuée par les couleurs lumineuses, entre immédiatement en collision avec le crime qui s’y accomplit. La jeune fille, comme dans un cauchemar dont on voudrait sortir, mange un oiseau dont le sang se répand sur elle. Ce tableau produit un choc comparable au poème de Rimbaud, Le
dormeur du val (octobre 1870). Le lecteur y est trompé par l’atmosphère idyllique de la première strophe, qui se gâte peu à peu avant d’arriver à la révélation finale, la chute du dernier vers où le dormeur n’est qu’un jeune homme assassiné : « Il a trois trous rouges au côté droit. »
Dans le tableau, l’inquiétude vient de l’objet sur lequel tombe l’agressivité de la jeune fille : un oiseau, animal familier, symbole de liberté et d’envol qui se retourne en son contraire et devient source de trouble (cf. supra, Max Ernst, Deux enfants sont menacés par un rossignol). Le titre entre parenthèse, Le plaisir, rend la scène encore plus troublante car, pour reprendre un concept et le titre d’un article de Freud, nous sommes ici Au delà du principe du plaisir, 1920.
Source: centrepompidou !!