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Rousseau Henri ( Le Douanier Rousseau ), La guerre ou la chevauchée de la discorde (1894), analyse d'oeuvre :

Rousseau Henri ( Le Douanier Rousseau ), La guerre ou la chevauchée de la discorde (1894) 

La Guerre est un tableau autrement terrifiant. Le Douanier Rousseau se vantait d’avoir participé à l’expédition du Mexique et d’avoir été un héros contre les Prussiens en 1870, alors qu’il n’a sans doute jamais tiré un coup de feu. A côté de ses tableaux allégoriques sur la Paix et la République, il écrivit un drame anti-Boche, la Vengeance d’une Orpheline Russe. Mais ce tableau sur la guerre, entre Goya et Guernica, a une telle force qu’il transcende toute le reste. La déesse de la guerre, dans une robe blanche immaculée, virginale, court, bondit à côté de son cheval, une torche fumante dans une main, une épée stylet dans l’autre. Elle a la bouche ouverte dans un rictus, on peut compter ses petites dents blanches acérées. Sa tignasse bouclée se mêle d’un côté à la crinière du cheval au cou démesuré, de l’autre elle flotte au vent comme la queue immense du cheval, soulignant le vent de terreur qui la porte. L’animal monstrueux, difforme, bondit au dessus des corps, semant la dévastation. Les arbres, gris, noirs, sont secs, morts, leurs branches cassées; les nuages sont rougis de sang. Aucune végétation au sol, des galets, des herbes brûlées. Et un amoncellement de mourants et de cadavres, des bras et des jambes démantibulés, des têtes sans corps, des jambes bottées qui pointent du sol, d’un corps enfoui. Des cadavres nus, à l’exception de celui au premier plan, dont la tête semble un autoportrait, les yeux ouverts, écarquillés sur l’horreur, nous fixant depuis l’au-delà; des cadavres à la peau claire, vidés de leur sang. Peu de blessures, mais des lambeaux de chair dans le bec des corbeaux charognards. Dans le triangle formé par les jambes du pantalon du mort au premier plan, on aperçoit un visage blafard, les yeux clos, un trou rouge au dessus du sourcil et le sang coulant dans la fente des paupières.

Voici ce que le poète Louis Rey écrivait dans le Mercure de France en Mars 1895*: "Et la guerre chevauche toujours, impassible, inexorable, implacable comme une divinité canaque. Elle va, jamais rassasiée de carnage. Rien ne peut l’arrêter dans sa course échevelée. Quelle obsession, quel cauchemar ! Quelle pénible impression d’insurmontable tristesse ! Il faudrait être de mauvaise foi pour oser prétendre que l’homme capable de nous suggérer de telles idées n’est pas un artiste." C’était 20 ans avant la première guerre mondiale.

Source: Lunettesrouges.blog.lemonde !!


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