| Miro Joan, La Ferme (1921-1922), analyse d'oeuvre : |
Il est impossible de parler de la Catalogne et de Miro sans en revenir au lieu par excellence d'où s'orchestre la relation privilégiée à son pays, à savoir la ferme parentale, où il crée la moitié de l'année. La Ferme est aussi le titre d'un de ses tableaux les plus célèbres, que l'écrivain Ernest Hemingway, ami de Miro, achètera. Du tableau, Hemingway disait qu'il y a tout ce que l'on sent quand on est en Espagne et aussi quand on n'y est pas et qu'on ne peut pas s'y rendre. L'écrivain ajoute que même Picasso n'a pas su rendre cela. Condensation de présence et d'absence, de sensation et de souvenir.
Dans ce tableau où la fidélité au réel semble aller de pair avec la floraison de détails enregistrés avec minutie, la liberté par rapport au modèle s'affirme aussi. L'oeuvre, qui avait demandé à Miro une longue gestation, dont il exagère un peu la durée en disant qu'il avait mis deux ans pour la terminer, est, selon ses mots, "une métamorphose". Commencée comme un éloge de sa maison de Montroig, où il s'imprégnait de l'atmosphère de la campagne, en compagnie des animaux de la ferme, chiens, chats, volailles, elle marque néanmoins la fin de sa période réaliste. Ainsi, à côté de détails admirablement isolés et définis, l'exactitude des architectures, des formes apparaissent telles que le rond noir sur le socle de l'arbre, le carrelage orangé au sol, le carré rouge délimitant et donnant à voir l'intérieur du poulailler, qui répondent à un souci plastique et non plus mimétique. Une atmosphère idyllique se dégage de l'ensemble dominé par un ciel immuablement bleu, où se découpe l'eucalyptus avec ses feuilles desséchées et la lune.
Source: Centrepompidou !!