| Hokusai Katsushika, Le rêve de la femme du pêcheur (1820), analyse d'oeuvre : |
Tout peintre japonais, disais-je, dans mon étude sur Outamaro, a une œuvre érotique, a ses shungwa, ses peintures de printemps.
Et je parlais alors de la peinture érotique de l'Extrême-Orient, « de ces copulations comme encolérées, du culbutis de ces ruts renversant les paravents d'une chambre, de ces emmêlements des corps fondus ensemble, de ces nervosités jouisseuses des bras, à la fois attirant et repoussant le coït, de ces bouillonnements de ventres féminins, de l'épilepsie de ces pieds aux doigts tordus battant l'air, de ces baisers bouche-à-bouche dévorateurs, de ces pâmoisons de femmes, la tête renversée à terre, la petite mort sur leur visage, aux yeux clos, sous leurs paupières fardées, enfin de cette force, de cette énergie de la linéature qui fait du dessin d'une verge un dessin égal à la main du Musée du Louvre, attribuée à Michel-Ange. »
Ces lignes, je les écrivais d'après trois albums d'impressions merveilleuses dont j'ignorais encore l'auteur, et que je sais maintenant être Hokousaï, et avoir pour titre : Kinoyé no Komatsou, LES JEUNES PINS, dont la publication est de 1820 à 1830.
C'est dans ces albums qu'existe cette terrible planche : « sur les rochers verdis par des herbes marines, un corps nu de femme, évanoui dans le plaisir, sicut cadaver, à tel point qu'on ne sait pas si c'est une noyée ou une vivante, et dont une immense pieuvre, avec ses effrayantes prunelles, en forme de noirs quartiers de lune, aspire le bas du corps, tandis qu'une petite pieuvre lui mange goulûment la bouche. »
Hokousaï - L'art japonais au XVIIème siècle
par Edmond de Goncourt, 1896.