| Buffet Bernard, La Passion du Christ : crucifixion - (1951), analyse d'oeuvre : |
Outre la série consacrée à L’Enfer de Dante, les séries les plus puissantes, avouons sans hésiter les plus spectaculaires, sont, du moins pour moi, La Passion du Christ, avec toutes ces figures alignées, vidées de leur chair, comme figées pour toujours devant ce drame. Car ce Christ et cette femme sont des gens ordinaires, des gens de la rue, qui revivent devant nous l’énigme de nos origines. Si, comme le souligne Alain Avila, l’esprit de la tradition est ici respecté, l’image est bouleversante par sa simplicité crue, sa rugosité, sa force nue d’évocation. Regarder ce n’est pas voir : voir est toujours une cruauté.
On pourrait donner raison à ceux qui prennent ces personnages pour des autoportraits, tellement Buffet était de complexion fragile. Mais il s’agit avant tout d’un espace dominé par un geste puissant, hargneux, geste inédit que la peinture ne connaissait pas encore. Cet espace est en rupture avec toutes les mièvreries de l’art français figuratif ou abstrait de ces années-là. Buffet est celui qui, dans l’immédiat après-guerre, capte, transmet et incarne les échos irrépressibles du traumatisme. Toute la tragédie est restituée avec si peu de moyens, si peu de couleurs, exprimée par le seul recours à un art en total décalage avec les productions de l’époque.
Discours de M. Vladimir VELICKOVIC (extrait) à l'occasion de sa réception dans la section de peinture en hommage à Bernard BUFFET .Le mercredi 20 juin 2007.